BEREST Claire - Bellevue
C'est une auteure française née en 1982.
Quelques-unes de ses publications
Mikado,
L'Orchestre vide,
La lutte des classes : Pourquoi j'ai démissionné de l'Éducation nationale,
Enfants perdus,
Bellevue,
Gabriële (avec Anne Berest), - Grand prix de l'héroïne Madame Figaro - Biographie
Rien n’est noir, - Grand Prix des Lectrices d’elle
Artifices,
Lettres et poèmes à Gabriële (avec Anne Berest),
L'Épaisseur d'un cheveu,
Résumé
Il fait encore nuit quand Alma se réveille dans une pièce qu'elle ne connaît pas. Elle est allongée sur un simple lit. Elle examine le mobilier réduit à l'essentiel, devine l'existence d'une salle de bains et remarque qu'elle peut être observée derrière la fenêtre vitrée de sa porte.
Elle réalise qu'elle se trouve dans un hôpital psychiatrique.
Son corps lui pèse. Il est absent, mais seules ces phrases résonneront dans sa tête :
"Se faire sauter, pour une femme, concrétise l'idée du sexe d'une manière curieusement passive. Se faire sauter, pour une femme, induit une prise en charge du plaisir de l'autre, cette incontournable envie de l'homme de jouir. Encore et encore. Un train dans un tunnel qui se dirige sans alternative possible vers la sortie. Un besoin de se soulager, de jeter quelque chose hors de soi. Sont-elles si douloureuses ces réserves de sperme entassées pour qu'accompagne systématiquement leur expulsion et leur perte un cri superstitieux de ravissement ? Je sens précisément que je n'assiste pas qu'à une satisfaction, mais bien plus que j'assiste à un soulagement. Les femmes, assistantes de ces chutes répétitives, aides-soignantes rodées, sans vergogne.
L'orgasme de la femme vient plus tard, ce n'est pas de suite une affaire d'État. Non, l'affaire c'est qu'il bande, et qu'il éjacule enfin, à un moment donné. Et cela tranquillise. Je suis de ce genre de femmes que tranquillise la petite mort de l'autre. La petite mort de l'homme, qu'il soit de passage ou qu'il soit envisageable de l'aimer."
À partir de là, commencera son histoire.
Elle, elle s'appelle Alma.
Elle se souvient qu'elle a couché avec un certain Thomas B le jour de son trentième anniversaire.
Sans aucune raison, ce sont les termes employés par sa famille dans certaines circonstances du quotidien qui lui reviendront en mémoire.
Puis, elle se rappellera les questions qu'elle se posait le jour de son trentième anniversaire sur les cinq ans qu'elle a partagés avec Paul. Elle n'aime plus Paul, mais ignore pourquoi.
Et puis soudain, lorsque Paul part pour aller travailler, tout dérape. Elle promène son mal d'être dans l'appartement. Elle commence à boire et en arrive même à massacrer l'ordinateur de Paul sans motif apparent.
Ce jour-là, elle éprouvera d'énormes difficultés à gérer ses angoisses pendant qu'elle se rendra au rendez-vous que lui avait fixé Thomas B. écrivain et éditeur. Fascinée par ses mains, elle n'écoutera pas son discours, mais prendra l'initiative de s'offrir brutalement à lui.
Puis, elle retirera de l'argent, beaucoup d'argent. Elle s'installera au Lutécia, un hôtel très chic. Elle y boira. Elle se mutilera dans la salle de bains. Elle errera dans les rues de Paris, ivre et ensanglantée. Elle téléphonera à son unique ami et confident qu'elle aime comme un frère afin qu'il vienne la secourir.
Pendant ces deux jours dans cet hôpital psychiatrique, elle tentera de reconstituer ce qu'elle a fait le jour de son trentième anniversaire.
Les faits lui reviendront. Elle les agencera les uns après les autres sur le puzzle de ce que fut sa vie avant son hospitalisation.
Je laisse le lecteur découvrir les dérapages d'Alma, l'étalage de ses peurs, de ses doutes, de ses souffrances; et la fin de ce roman surprenant.
Que dire ?
Je connaissais Claire BEREST : Voir mon lien : BEREST Anne et Claire - "Gabrièle"
La lecture de "Bellevue" m'a inspiré deux sentiments contradictoires :
rejet et intérêt .
Rejet, car les errances de cette trentenaire parisienne de 30 ans ne m'ont guère touchée. J'y ai vu du nombrilisme et un manque d'empathie pour tous ceux pour qui survivre ne veut pas dire vivre.
La présence du sexe est une constante dans la littérature actuelle. Dans ce livre, elle en perd de son intérêt, car elle ressemble à un acte pornographique violent, impérieux, jouissif qu'il faut assouvir dans l'instant, et dont il ne reste rien.
Pour avoir lu d'autres récits sur la réalité du mal d'être, l'étalage de cette sexualité n'apporte rien à ce témoignage. Il en accentue seulement la tristesse de l'héroïne. Mais, peut-être est-ce voulu par Claire BEREST ?
Intérêt -
Même si j'ai failli abandonner la lecture de ce court récit, j'avais voulu savoir jusqu'où l'auteure allait m'entraîner.
J'ai donc admiré le fait qu' Alma observait, pensait, réfléchissait sur son environnement dans la mesure où son état le lui permettait.
Puis, elle revenait sur les événements qu'elle avait vécus pendant sa journée d'anniversaire avant son hospitalisation.
Ce voyage de l'avant à l'après m'a semblé joliment orchestré, et notamment la précision presque chirurgicale avec laquelle Alma décrit les particularités de son mal à accepter d'entrer dans sa vie de future trentenaire.
Cependant, ce roman m'a mis mal à l'aise, car j'ai eu souvent l'impression que cette auteure avait séjourné dans ce type de structure ou tout au moins avait éprouvé de telles souffrances.
Et là !!!!! J'avoue que ces récits de trentenaires qui se traînent avec leurs traumas sans songer à les confier à des gens compétents me lassent. D'autant qu'ils les exposent et les imposent aux autres sans vergogne.
Je sens que je vais me faire des ennemis, mais j'assume.
Cet avis n'engage que moi.
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